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Parmi les nombreux
liens qui unissent la Maison du Livre et de l'Affiche (Les Silos) et le
Lycée Charles de Gaulle, il en existe un, depuis 1999, impulsé
par Madame Dorel-Ferré IPR-IA d'Histoire Géographie de l'Académie
de Reims, sous l'appellation "action éducative". Celle-ci
a pour objectif d'initier les élèves du lycée à
la découverte, l'étude, du patrimoine d'affiches des Silos
en particulier celles de la collection Dutailly.
La découverte, l'étude d'un tel patrimoine se fait concrètement
par la venue de groupes d'élèves, soit dans le cours de
l'année dans une salle des Silos où sont regroupées
un certain nombre d'affiches sorties du Fonds, soit au moment d'expositions
(programmées sur l'année ou celles du Festival International
de l'Affiche des mois de Mai-Juin par exemple).
Ces élèves, sous la conduite d'un enseignant d'histoire-géographie
du LCDG, s'initient à l'observation, l'analyse de documents sources,
que comme les chercheurs, ils peuvent observer grandeur nature, "toucher",
"manipuler" ; ce n'est plus le document, petit, parfois difficile
à lire, de leur manuel scolaire ou de vieilles diapositives mais
le patrimoine en quelque sorte rendu "vivant" par sa conservation.
Voici un exemple de
travail réalisé cette année à partir d'une
série d'affiches de la collection Detailly. Les affiches présentées
ont été regroupées en trois thèmes :
1er Thème : le contexte technique et économique :
La Révolution Industrielle (affiches "le rayon d'or",
"exposition photographique", "la fée électricité")
;
2ème Thème : l'idéal républicain et ses
défenseurs (affiches "DDHC", "la commune et
Louise Michel", "une histoire de 15 ans")
3ème Thème : les ennemis de la République
: l'Église (affiche "Léo Taxil"), Boulanger (affiche
"la Boulangiade", "ni l'un ni l'autre"), les Monarchistes
(affiche "duc d'Orléans"), l'Empire allemand (affiche
"la revanche"), l'antisémitisme (affiche "Drumont").
Deux fiches sont distribuées
aux élèves : une méthode de travail pour l'analyse
des affiches ; un résumé du contexte des affiches (cf. ci-dessous)
et un certain nombre de documents annexes peuvent être consultés
dans la médiathèque des Silos. Puis les élèves
s'exercent à l'analyse de ces affiches avec l'aide de leur professeur.
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MÉTHODE
D'ANALYSE DES AFFICHES (dénoté, connoté) : se poser
les questions suivantes :
1) Sujet traité ? (politique, social, culturel, technique...)
2) Dimensions de l'affiche ?
3) Type d'affiche (placard extérieur -droit de timbrage- ou intérieur)
?
4) Composition de l'affiche :
- titre ?
- textes (leur composition, leur place, leur typographie...) ?
- place du dessin par rapport au texte ?
- dessin (type, place, dimensions, graphisme, description...) ?
- couleurs ?
- auteur, éditeur ?
5) Pourquoi, pour qui cette affiche a-t-elle été réalisée
? Est-ce explicite, implicite ?
6) A quelle situation de l'époque cette affiche fait-elle référence
?
7) Comment le message est-il exprimé ? (de façon concrète,
abstraite, caricaturale, polémique, sous-entendue...)
8) Comment le thème, les caractères politiques, sociaux,
... ou autres sont-ils mis en valeur ?
9) Quelles questions se posent par rapport aux thèmes traités
? (approfondissement)
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L'affiche politique
et sociale connaît un réel développement à
la fin du XIXème siècle tant pour des raisons
techniques (développement de la chromolithographie) que pour des
raisons politiques. La presse d'opinion, les combats sociaux, les grandes
crises de la République, l'anticléricalisme, l'antisémitisme,
l'esprit revanchard, le nationalisme, les revendications sociales favorisent
le développement de la caricature et la création d'affiches
illustrées.
La République, de retour en 1870, et constitutionnalisée
en 1875, semble enfin s'affirmer en 1880 : les oppositions monarchistes
ou bonapartistes sont en voie d'extinction, les Communards ont été
amnistiés, la liberté de la presse est acquise, l'enseignement
primaire devient laïque, gratuit et obligatoire.
Sur les murs s'opposent les affiches rassurantes, enthousiastes (cf. "la
fée électricité") d'une société
de consommation naissante qui vente ses nouveaux produits manufacturés,
et les affiches qui reflètent les tensions sociales (cf. les affiches
des sociétés philanthropiques).
De 1871 à 1913, la IIIème République expérimente
les pratiques démocratiques : liberté de réunion,
liberté de la presse et de l'affichage (loi 1881). Dans
chaque commune le maire désigne par arrêté les lieux
destinés à recevoir les affiches, les lois et autres actes
de l'autorité publique : professions de foi, circulaires, affiches
électorales dont la lacération est punie, peuvent être
placardées sur les édifices publics. Cette loi libéralise
l'expression murale et les politiques vont en profiter même si la
propagande électorale n'est illustrée qu'épisodiquement,
les candidats usant, jusqu'à la fin du siècle, essentiellement
du placard texte.
La presse est en plein développement et pour attirer le
lecteur, elle publie des romans feuilletons dont le lancement se fait
par voie d'affiche ; ainsi, Toulouse-Lautrec croque un condamné
à mort dont la tête bascule sur l'échafaud pour illustrer
le roman de l'Abbé Faure "Au pied de l'échafaud"
, de même Jules Chéret (célèbre affichiste,
très représenté dans la collection Detailly) réalise
en 1889, une affiche pour le roman de Zola, "La Terre" ou de
Victor Hugo "Les Misérables"...
La presse satirique, libérée des contraintes de la
censure, se développe, en particulier les journaux anarchistes
auxquels de nombreux affichistes collaborent, comme Choubrac
dans le "Chat Noir", Steinlen dans "la Caricature"
et "le Rire", Grandjouan dans "l'Assiette au beurre",
Willette dans le "Courrier français", Fraipont
dans "les Grimaces", Jossot dans "l'Action"...
Presse libertaire, caricaturistes, images d'Epinal, bandes dessinées,
chansons de " caf'conc' " évoquent les stéréotypes,
les préjugés, l'amour de l'armée, la méfiance
antisémite (qui culmine avec l'affaire Dreyfus 1894-1910).
Le graphisme politique avec une certaine liberté stigmatise
les "affaires" qui jalonnent la fin du siècle (affaire
Boulanger 1885-1889), Panama (1892), attentats anarchistes (1892-1893),
Dreyfus (1894-1910) ; les thèmes comme l'antisémitisme,
l'anticléricalisme deviennent pour les journalistes d'opinion populaire
et les pamphlétaires une source de commentaires inépuisable
; nationalisme et xénophobie sont stimulés par la défaite
de 1870 ; les scandales financiers accréditent l'idée de
la puissance de l'or juif, corrupteur des consciences au profit des intérêts
étrangers et cet antisémitisme est exacerbé par Barrès,
Maurras, Drumont après l'affaire Dreyfus. Au début
de l'affaire Boulanger, Peyramont, pseudonyme de Rigondaud, publie entre
1886 et 1887 La Revanche, quotidien ultra nationaliste et la Révision
où il réclame, comme Boulanger, la révision des lois
constitutionnelles de 1875.
Après la victoire républicaine de 1877 et les décrets
de Jules Ferry sur les congrégations religieuses non autorisées
(1880), la laïcité de l'enseignement primaire (1882), la loi
sur les associations (1901), l'abolition du Concordat de 1801 et la loi
de Séparation de l'Église et de l'État (1905)
l'anticléricalisme est virulent. Il est bien représenté
: par le "Juif errant" d'Eugène Sue illustré par
Chéret, par le journal anticlérical "la Lanterne",
par l'éditeur "la Librairie anticléricale" et
par l'auteur Léo Taxil.
La contestation anarchiste ne se traduit pas seulement par des
attentats qui secouent la France entre 1892 et 1894 mais par la voie de
presse : dans "la Voix" elle fustige l'élection des
deux candidats Ferry et Boulanger "ni l'un ni l'autre".
Cette période exprime, promeut les passions nationalistes et
revanchardes ; elles ont connu leur première flambée
avec l'affaire Boulanger, puis l'affaire Dreyfus semble être un
point d'orgue, puisque, contre ou pour Dreyfus, on l'est au nom de la
patrie ; ce patriotisme se définit contre l'ennemi "l'Allemand"
et traduit la peur de la décadence française. La lutte contre
ce que Charles Maurras appelle "les quatre états confédérés"
c'est à dire, "les juifs, les protestants, les francs-maçons,
les métèques" connaît son paroxysme avec l'affaire
Dreyfus. mais le patriotisme s'élève aussi contre la Grande
Bretagne par les célébrations, les commémorations
de l'héroïne nationale : Jeanne d'Arc.
Enfin pour renforcer le patriotisme et l'idéal républicain,
on puise dans l'histoire de la Révolution ; on pousse à
vénérer ses héros (cf. le roman patriotique de Marat),
on commémore ses scènes symboliques : la IIIème République
déclare le 14 juillet fête nationale et le dimanche qui suit
le 8 mai, fête de Jeanne d'Arc. Chéret sur une de ses affiches
commémore la Révolte des Lyonnais contre la Convention en
1793. Ces commémorations grandioses pour conforter la République
ont lieu particulièrement en 1889 pour annihiler le péril
boulangiste : on reconstitue la Bastille en terre cuite et en bois grandeur
nature, on commémore le siège de Belfort en 1870 où
sous un bombardement terrible, Denfert Rochereau défendit la ville
contre le général Von Tresehkov.
Mais l'affiche dénonce aussi les conditions sociales particulièrement
l'exploitation de la femme au travail, dans la prostitution ou confrontée
à la déchéance et à l'alcoolisme ; cependant
la question du vote des femmes de pose vainement ; certaines femmes s'illustrent
dans leur soutien aux miséreux (cf. Louise Michel). Cette misère
conduit à l'établissement d'une organisation nationale de
l'assistance. Les actions de charité et de bienfaisance se multiplient
pour venir en aide aux plus démunis : distribution de nourriture,
spectacles, quêtes, souscription dont les bénéfices
reviennent aux pauvres, mais aussi aux malades et aux nouveaux nés
dont on cherche à assurer la protection. Cette charité est
la plus souvent exercée par des institutions philanthropiques (cf.
Société philanthropique l'Union du Commerce : affiche Meunier
chez Chaix successeur de Chéret).
Cet exemple de travail
se renouvelle aujourd'hui avec le Festival de l'Affiche sur le thème
des Expositions Universelles. Ainsi, grâce à la coopération
fructueuse entre la Maison du Livre et de l'Affiche et le Lycée
Charles de Gaulle, de telles expériences permettent aux élèves
de Chaumont et de la périphérie de prendre conscience de
la valeur et de la richesse d'un patrimoine de leur ville et sans doute
les motiveront pour retourner aux Silos soit lors d'expositions, soit
pour utiliser la médiathèque afin d'approfondir leur travail
dans les nombreux ouvrages d'art graphique.
Elisabeth
Guyenet (Action Éducative SILOS - LCDG)
Mars 2001
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