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Le discours du 4 juin 1958 à Alger |
Transcription
établie
d'après le film du Service Cinéma des Armées ( ECPA, SCA n°148 )
Les points de suspension correspondent aux interruptions provoquées
par les acclamations et les applaudissements de la foule
« Je
vous ai compris
Je sais ce qui s'est passé ici
Je vois ce que vous
avez voulu faire . Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est
celle de la rénovation et de la fraternité
Je dis la rénovation à tous égards. Mais très justement, vous avez voulu
que celle-ci commence par le commencement, c'est-à-dire par nos institutions,
et c'est pourquoi me voilà
Et je dis la fraternité parce que vous offrez ce spectacle
magnifique d'hommes qui d'un bout à l'autre, quelles que soient leurs communautés,
communient dans la même ardeur et se tiennent par la main
Eh bien ! De tout cela je prends acte au nom de la France
et je déclare qu'à partir d'aujourd'hui la France considère que dans toute l'Algérie,
il n'y a qu'une seule catégorie d'habitants
il n'y a que des Français
à part entière
des Français à part entière avec les mêmes droits et les
mêmes devoirs
Cela signifie qu'il faut ouvrir des voies qui jusqu'à présent
étaient fermées devant beaucoup.
Cela signifie qu'il faut donner les moyens de vivre à ceux
qui ne les avaient pas
Cela signifie qu'il faut reconnaître la dignité de ceux à qui on
la contestait
Cela veut dire qu'il faut assurer une patrie à ceux qui pouvaient
douter d'en avoir une
(
)
Français à part entière dans un seul et même collège, nous
allons le montrer, pas plus tard que dans trois mois dans l'occasion solennelle
où tous les Français, y compris les dix millions de Français d'Algérie, auront
à décider
auront à décider de leur propre destin
Pour ces dix millions de Français-là, leurs suffrages compteront
autant que les suffrages de tous les autres
Ils auront à désigner, à élire, je le répète en un seul collège,
leurs représentants pour les Pouvoirs publics, comme le feront tous les autres
Français
Puissent-ils participer en masse à cette immense démonstration, tous
ceux de vos villes, de vos douars, de vos plaines, de vos djebels.
Puissent-ils même y participer ceux-là, qui par désespoir
ont cru devoir mener sur ce sol un combat dont je reconnais, moi, qu'il est
courageux, car le courage ne manque pas sur la terre d'Algérie
qu'il est
courageux, mais qu'il n'en est pas moins cruel et fratricide.
Moi, de Gaulle, à ceux-là j'ouvre la porte de la réconciliation
Jamais plus qu'ici et plus que ce soir, je n'ai senti combien c'est beau,
combien c'est grand, combien c'est généreux la France ! ».