|
«
La mémoire de 1958 Bilan
de l'enquête présenté par Jean-Pierre Husson |
|
|
Le
questionnaire qui a permis de faire émerger les représentations quont
aujourdhui les lycéens de la naissance de la Vème
République et de lannée 1958, a été élaboré par François Cochet ( Université
de Reims ) et Jean-Pierre Husson ( lycée Clemenceau de Reims ),
en concertation avec Madame Dorel-Ferré, inspectrice pédagogique régionale d'histoire-géographie.
Validé par le Comité scientifique du colloque, il a été adressé pendant
les vacances de la Toussaint 1997 dans les 15 lycées de Champagne-Ardenne où
des professeurs d'histoire-géographie s'étaient déclarés volontaires pour participer
à l'enquête.
À la rentrée des vacances de Toussaint, il a été rempli, sans préparation
préalable, au cours d'une séance d'une heure par 1 309 élèves de Terminale
et de Première de l'enseignement public et privé des quatre départements de
Champagne-Ardenne.
|
15 Lycées |
9 Villes |
4 Départements |
|
Chanzy
( public ) |
Charleville-Mézières |
ARDENNES |
|
Clemenceau
( public ) |
Reims |
MARNE |
|
Chrestien
de Troyes ( public ) |
Troyes |
AUBE |
|
Diderot
( public ) |
Langres |
HAUTE-MARNE |
|
Champagne-Ardenne |
1 309 élèves |
|
|
Elèves |
TL |
TES |
TS |
Total Term. |
1° L |
1° ES |
1° S |
1° STT |
Total 1ère |
TOTAL |
|
|
Garçons |
32 |
62 |
28 |
122 |
56 |
118 |
70 |
8 |
252 |
374 |
28,5% |
|
Filles |
190 |
119 |
22 |
331 |
328 |
205 |
46 |
25 |
604 |
935 |
71,5% |
|
Total |
222 |
181 |
50 |
453 |
384 |
323 |
116 |
33 |
856 |
1 309 |
|
|
34,6% |
65,4% |
||||||||||
Dans
le souci de ne pas désorganiser la progression des enseignants confrontés à
des programmes chargés et soumis à la pression de l'épreuve du baccalauréat,
nous leur avons proposé de concentrer l'enquête sur les classes de Première
d'enseignement général, dans les séries littéraires ( L ) ou
économiques et sociales ( ES ) dont l'horaire hebdomadaire d'histoire-géographie
est de 4 heures.
Voilà pourquoi les élèves de ces classes représentent près des 2/3
des élèves interrogés.
Mais nous avons demandé en même temps aux professeurs d'élargir
l'enquête, chaque fois que cela leur semblait possible, à la série scientifique
( S ), à des classes de l'enseignement technologique ( STT, sciences
et techniques du tertiaire ), et aux classes de Terminale.
La concentration de l'enquête sur les classes des séries littéraires,
économiques et sociales explique aussi la forte participation des filles, plus
nombreuses que les garçons dans ces sections.
Le dépouillement de lenquête a privilégié une approche globale
de la mémoire lycéenne, mais quelques sondages ont permis d'avancer l'hypothèse
que les écarts selon le sexe, l'origine géographique, la classe, la section
suivie restent faibles.
Les réponses souvent maladroites, confuses, partielles, incomplètes
dans l'exposé des connaissances ont été évaluées en excluant une trop grande
rigueur, mais aussi toute complaisance.
2. Représentations et images mentales
|
A/ Représentations |
Absence |
Réponses erronées ou trop partielles |
Réponses assez pertinentes |
| A1. Que représente pour vous l'année 1958 dans l'histoire de France ? |
128 |
260 |
921 |
| A2. Qu'a fait le général de Gaulle en 1958 ? |
271 |
349 |
689 |
| A3. A-t-il joué un rôle historique avant 1958 ? |
157 |
345 |
807 |
| A4a. Quel
est le rôle du président de la République sous la IVème République de 1946 à 1958 ? |
737 |
377 |
195 |
| A4b. Quel est le rôle du président de la République sous la Vème République depuis 1958 ? |
475 |
618 |
216 |
A1. Que représente pour vous l'année 1958 dans l'histoire de France ?
Plus des 2/3 des élèves interrogés perçoivent, même s'ils l'expriment maladroitement et sommairement, l'année 1958 comme un « tournant », une année « charnière » de « passage de la IVème à la Vème République », impliquant un « changement de constitution ».
A2. Qu'a fait le général de Gaulle en 1958 ?
Plus de la moitié des élèves évoquent « l'appel à de Gaulle » en 1958, et / ou « son retour au pouvoir , et / ou « le fondateur de la Vème République », et / ou encore « son élection à la présidence de la République ».
A3. A-t-il joué un rôle historique avant 1958 ?
Une
très forte majorité des élèves reconnaît que de Gaulle a joué un rôle historique
avant 1958.
Plus de 60 % ne se contentent pas de répondre « oui »
et évoquent le « général » et « l'appel du 18 juin 1940 »,
et / ou le « chef de la Résistance », le « libérateur ».
Ils sont très peu par contre à aller au-delà et à identifier le « chef
du gouvernement provisoire », sa participation « à la conférence de
Brazzaville », « l'auteur du discours de Bayeux », « le
fondateur du Rassemblement du peuple français », ou encore « l'adversaire
résolu de la IVème
République ».
A4. Quel est le rôle du président de la République sous la IVème République de 1946 à 1958 et sous la Vème République depuis 1958 ?
S'agissant
du rôle du président de la République, une toute petite minorité différencie
la IVème
et la Vème
République, et perçoit le renforcement des pouvoirs du président depuis 1958,
parfois en l'exagérant : « Sous la Vème
République, le président a tous les pouvoirs
Il a un droit de veto ».
Une majorité d'élèves ne répondent pas ou disent qu'ils ne savent pas,
ou pensent que ce rôle est le même sous les deux Républiques : « Il
dirige
il représente ».
Parmi les élèves qui décrivent assez bien la fonction du président sous
la Vème
République, beaucoup ne précisent pas que ses pouvoirs sont sensiblement plus
importants que ceux du président de la IVème
République dont le rôle est souvent ramené à un rôle de reconstruction de l'économie
après la 2ème guerre mondiale.
Enfin, près d'une centaine d'élèves ont une représentation très dévalorisée
du rôle du président de la Vème
République, qui va jusqu'à inverser complètement les représentations traditionnelles,
un élève allant même jusqu'à affirmer : « Il inaugure les chrysanthèmes ».
Cette inversion semble résulter de la perception actuelle qu'ont
ces élèves, à travers les médias et leur entourage familial, de la cohabitation
Chirac - Jospin issue de la dissolution de 1997 : « Aujourd'hui,
le président voyage ... représente la France à l'étranger
dans les forums
il vend des Airbus et des TGV
il s'occupe des affaires internationales
il reçoit les chefs d'état étrangers
il n'est qu'un symbole
il ne fait rien
On se demande à quoi il sert
Son rôle est illusoire
il a moins de pouvoir
il est impuissant
il a un pouvoir
très faible, c'est l'assemblée qui est la plus importante
il n'est plus
seul à décider
ses pouvoirs sont désormais limités
il est mis
à l'écart
il doit partager le pouvoir avec le Premier ministre
c'est le Premier ministre qui a le plus de pouvoirs
plus de responsabilités
qui dirige ».
| Absence de réponse | Oui | Non | Oui et Non |
|
| A5a. Les institutions de la Vème République vous paraissent-elles adaptées aujourd'hui ? | 667 50,9% |
287 21,9% |
283 21,6% |
72 5,5% |
| Réponses non justifiées | Réponses justifiées | |
| A5b. Justifiez votre réponse | 219 34,1% des élèves qui ont répondu à la question |
423 65,8% des élèves qui ont répondu à la question |
A5. Les institutions de la Vème République vous paraissent-elles adaptées aujourd'hui ? Justifiez votre réponse
La
moitié des élèves interrogés ne se prononcent pas sur l'adaptation des institutions
de la Vème République à la France d'aujourd'hui, en précisant parfois
qu'il leur est impossible de le faire parce qu'ils ne les connaissent pas.
Certains déclarent ne pas comprendre la question et demandent ce que
signifie le mot « institutions », ou encore ajoutent : « Je
n'ai pas d'avis
Je ne fais pas de politique
La politique ne m'intéresse
pas
». Il y a à peu près le même nombre d'élèves qui estiment que
les institutions de la Vème
République sont adaptées et qui estiment le contraire, tandis qu'un petit nombre
répond « oui et non ».
Moins des 2/3 des élèves qui ont répondu à la question ont justifié leur
réponse.
Les tenants du « oui » se fondent sur la pérennité de la Vème
République et le caractère démocratique de ses institutions : « C'est
la République qui a le plus duré
Elle fonctionne toujours
ça marche
bien
Elle a fait ses preuves
C'est un système démocratique
Toutes les sensibilités peuvent s'exprimer
La France reste le pays des
droits de l'homme
Les institutions ont su s'adapter
elles fonctionnent
toujours
elles ont été appliquées par les partis de droite et de gauche
sinon elles auraient changé
C'est équilibré
Chacun tient
son rôle
La Vème
République, ce n'est pas si mal en attendant mieux ».
Les justifications des tenants du « non » sont à la fois incisives,
tous azimuts, contestataires et bien en prise avec l'actualité, ses dysfonctionnements,
ses blocages, ses fantasmes : « Le monde a changé
la société
a changé
les hommes ont changé
les mentalités ont changé
les besoins ont changé
Il faut évoluer
On arrive au troisième
millénaire
La constitution est trop vieille
Le mandat du président
est trop long
Les présidents sont trop vieux ... On devrait mettre au
pouvoir des personnes plus jeunes
L'absentéisme des parlementaires est
un scandale
ils sont trop payés
Le Sénat ne sert à rien
La Vème
République est née à l'époque des 30 Glorieuses
Les institutions
sont dépassées par les crises
tout est à revoir à cause de la crise
Les institutions sont décalées par rapport à la réalité
Il y a trop de
liens entre les différents pouvoirs
Il y a un problème au niveau de la
justice
Le système judiciaire est archaïque
La justice est politisée
... Il y a trop d'affaires
trop de scandales
trop de corruption
trop d'inégalités sociales
trop de chômage
trop de grèves
trop d'étrangers
pas assez d'écoute du peuple
Les décisions
ne sont pas appliquées
Les lois ne sont pas respectées
Les promesses
ne sont pas tenues
Il y a trop d'instabilité politique
Ce n'est
plus le président qui commande, puisque le Premier ministre d'un autre parti
commande aussi
La cohabitation freine le bon fonctionnement des institutions
elle empêche la situation de bouger
On passe de la droite à la
gauche et le Front national progresse
Il faut interdire le Front national
... Les politiciens dirigent la France comme une entreprise et non comme un
État
À quand une prise de conscience des politiques ? ».
La plupart des élèves qui ont répondu « oui et non » n'ont
pas justifié leur refus de trancher. Ceux qui l'ont justifié semblent être des
tenants du « oui » qui se sont ravisés au moment de justifier leur « oui »
et qui l'ont transformé en « oui et non ». Ils constatent que les
institutions fonctionnent toujours, mais qu'en même temps il y a de plus en
plus de dysfonctionnements, de blocages, d'insuffisances, qui attestent leur
incapacité à résoudre les problèmes d'aujourd'hui.
|
B/ Les événements |
Absence |
Réponses
erronées |
Réponses assez pertinentes |
| B1. Que s'est-il passé le 13 mai 1958 ? |
782 |
453 |
74 |
| B2a. La
Constitution de la Vème République a été présentée aux Français par le général de
Gaulle le 4 septembre 1958. Savez-vous où il l'a présentée ? |
881 |
368 |
60 |
| B2b. Pouvez-vous expliquer le choix de cette date et de ce lieu ? |
1055 |
215 |
39 |
| B3. Comment
la Constitution a-t-elle été adoptée le 28 septembre 1958 ? |
780 |
175 |
354 |
| B4a. Qui a été le premier président de la Vème République? |
168 |
198 |
943 |
| B4b. Comment a-t-il été élu? |
363 |
895 |
51 |
| B4c. Quel changement est intervenu en 1962 dans le mode d'élection du président de la République ? |
455 |
289 |
565 |
B1. Que s'est-il passé le 13 mai 1958 ?
Très
peu d'élèves évoquent de façon spécifique la « crise du 13 mai 1958 »
en la reliant aux événements d'Alger présentés comme « un coup de force »
ou un « coup d'état » visant à ramener de Gaulle au pouvoir.
Certains pensent que cette date correspond au retour effectif et
immédiat, « par la force », du général au pouvoir, ou à son élection
à la présidence de la République.
D'autres rattachent cette date à la guerre d'Algérie sans autre précision
ou en évoquant des événements sans rapport avec le 13 mai 1958 : « Début
ou fin de la guerre
Manifestations des Algériens à Paris
Massacres
de Sétif
».
D'autres encore confondent « la crise du 13 mai 1958 » avec
« les événements de mai 1968 » et parlent « de manifestations
étudiantes
de révolte des jeunes ».
B2. La Constitution de la Vème République a été présentée aux Français par le général de Gaulle le 4 septembre 1958. Savez-vous où il l'a présentée ? Pouvez-vous expliquer le choix de cette date et de ce lieu ?
Moins de 5 % des élèves interrogés savent que la Constitution de
1958 a été présentée aux Français à Paris, place de la République.
Ils sont un peu plus à citer Paris sans lieu précis et en donnant
comme explication le fait que Paris est la capitale de la France, ou bien en
évoquant d'autres lieux, lieux de pouvoir ( Élysée, Matignon, Palais Bourbon )
ou ayant un rapport avec d'autres moments de l'itinéraire du général de Gaulle
( Hôtel de ville, place de la Concorde, place de l'Étoile ).
D'autres situent l'événement « en Normandie, en souvenir du débarquement »,
« à Bayeux », ou encore « à Alger ».
Une cinquantaine pensent que ce fut « à Colombey où de Gaulle
est né
où il avait une résidence
sa famille » ; une
vingtaine « à Reims où a été signé l'armistice qui a mis fin à la 2ème
guerre mondiale » ( confusion tenace et courante liée aux réminiscences
de la 1ère
guerre mondiale ) ; une quinzaine « à Vichy » ou encore
« à Versailles » ou « à Verdun ».
Quelques uns situent cette présentation à l'étranger « en Suisse
parce que c'est un pays neutre
à Yalta
à Rome
à Bruxelles »
ou dans des lieux où s'est rendu le général en de toutes autres circonstances : « à
Londres à la BBC
au Québec
à Baden-Baden
».
Une trentaine d'élèves seulement connaît le double symbolisme du
lieu ( statue de la République ) et de la date ( anniversaire
de la proclamation de la IIIème
République ).
B3. Comment la Constitution a-t-elle été adoptée le 28 septembre 1958 ?
Moins
de 30 % des élèves interrogés savent que la constitution a été adoptée
par référendum, qu'ils orthographient souvent « référundum ».
Certains élèves pensent qu'elle a été simplement « adoptée
par les ministres » et / ou « par l'Assemblée », d'autres
« par tous les Français
à l'unanimité » ou « à la majorité
dans l'enthousiasme », ou « à main levée », ou « par
la force », ou encore « par sondage ».
B4. Qui a été le premier président de la Vème République? Comment a-t-il été élu? Quel changement est intervenu en 1962 dans le mode d'élection du président de la République ?
Si près des 3/4 des élèves savent que c'est le général de Gaulle qui a été le
premier président de la Vème
République, plus de 10 % ( 161 ) affirment que c'est « Pompidou »
et une quinzaine « Giscard d'Estaing ». Autres noms cités : « Blum
( 5 )
Pétain ( 1 )
Coty ( 2 )
Auriol ( 1 )
Mitterrand ( 1 )
Barre ( 1 )
Roosevelt ( 1 )
Churchill ( 1 ) ».
Une cinquantaine d'élèves seulement, presque tous doublants de terminale
essayent de répondre de façon pertinente à la question concernant l'élection
du président de la République en 1958 : « Il a été élu au suffrage
indirect
par un collège d'électeurs
par des grands électeurs
par les députés, les sénateurs et des élus locaux
»
Aucun élève n'a exprimé clairement le passage, en 1958, dans le cadre
dun scrutin qui reste indirect, à un collège encore restreint mais désormais
élargi par rapport à celui quavait instauré la Constitution de 1946.
Quelques élèves écrivent que de Gaulle est devenu président « par
la force », d'autres « grâce à sa légitimité charismatique ».
Moins de la moitié des élèves interrogés sur le changement intervenu en 1962
dans l'élection du président de la République citent l'adoption du suffrage
universel direct.
Un certain nombre d'entre eux pensent d'ailleurs que ce mode d'élection
a été acquis dès 1958 et que par conséquent il n'y a pas eu de changement en
1962.
Les réponses erronées sont très dispersées : les uns disent
que le changement entre 1958 et 1962 concerne le passage « du suffrage
censitaire au suffrage universel », ou « du vote à 1 tour au vote
à 2 tours », ou encore « de la majorité relative à la majorité absolue » ; les
autres affirment que le changement intervenu en 1962 concerne lavènement
du « vote des femmes », ou du « vote des jeunes à 18 ans »,
ou encore linstauration du « septennat » ou du « vote à
bulletin secret ».
4. La transmission de la mémoire
|
C/ la transmission de la mémoire |
Absence |
Réponses |
| C1. Que représente l'année 1958 dans l'histoire de votre famille ? |
728 |
581 |
C1. Que représente l'année 1958 dans l'histoire de votre famille ?
Plus
de la moitié des élèves refusent de s'exprimer, parfois en précisant : « C'est
trop personnel
On n'en parle jamais
rarement ».
Les réponses de beaucoup d'élèves sont ou bien lapidaires : « L'année
1958 ne représente rien ... presque rien ... pas grand chose
On ne fait
pas de politique
On s'occupe d'aujourd'hui et de l'avenir, le passé ne
nous intéresse pas », ou bien formulées sur un ton léger et attendri : « 1958,
c'était l'année de naissance de mon père
de ma mère
du mariage
de mes grands-parents, ou bien ... Mon père
ma mère
avait tel ou tel âge
ou n'était pas encore né(e) », ou « C'était
l'enfance de mes parents » ou encore « C'était dix ans avant 1968 ».
Quelques réponses sont graves parce qu'elles se rapportent à des souvenirs
familiaux douloureux liés à l'immigration ou à la guerre d'Algérie : « Ma
famille était plongée en pleine dictature franquiste depuis une vingtaine d'années
et mon grand-père est mort dans une prison nationaliste
C'est l'année
de l'arrivée en France de ma famille maternelle d'origine espagnole
Mes
grands parents pieds noirs ont dû quitter l'Algérie
Mon grand-père a
été tué en Algérie par des soldats français avec d'autres familles
Mon
père
mon oncle est parti ... a été rappelé en Algérie
Ma famille,
famille de militaires, n'a pas apprécié que de Gaulle soit au pouvoir
Des membres de ma famille sont morts en Algérie ».
Des enfants issus de familles d'immigrés répondent : « L'année
1958 ne correspond à rien dans ma famille, car mes parents sont étrangers
Cela ne nous concerne pas ».
Quelques élèves précisent qu'ils appartiennent à une famille de sensibilité
gaulliste qui considère l'année 1958 comme « le début d'une ère nouvelle
de changement
de renouveau ».
D'autres au contraire affichent leur appartenance à des familles antigaullistes : « Issu
d'une famille prolétarienne, les vertus et les actions gaullistes dans l'histoire
de ma famille ont toujours été récriées ; cependant, étant donné que le
gaullisme a occupé et occupe une grande partie de l'histoire de France, ma famille
m'a transmis sa mémoire, tout de même ; il faut connaître ce que l'on combat ».
|
Absence |
Plutôt |
Plutôt |
Par les deux |
|
|
C2. Ce que vous savez du général de Gaulle et de la Vème République vous a-t-il été transmis plutôt par l'école ou plutôt par votre famille ? |
154 |
886 |
147 |
122 |
C2. Ce que vous savez du général de Gaulle et de la Vème République vous a-t-il été transmis plutôt par l'école ou plutôt par votre famille ?
Plus
des 2/3 des élèves interrogés affirment que ce qu'ils savent du général de Gaulle
et de la Vème
République leur a été transmis par l'école et à peine plus de 10 % par
leur famille.
Plus d'une centaine d'entre eux ont refusé de trancher et ont répondu
« par l'école et par la famille », quelques uns ajoutant « et
aussi par la télévision
par les médias ».
|
Absence de réponse |
En
|
En 3ème au collège |
En terminale au lycée * |
Autres réponses ( en 6ème, 5ème, 4ème, seconde, 1ère) |
|
| C3. A l'école ou au collège, dans quelle classe vous rappelez-vous avoir étudié l'année 1958 et la Vème République ? |
152 |
52 |
958 |
94 |
111 |
* Il
s'agit soit d'élèves de terminale qui sont des doublants et qui déclarent avoir
étudié l'année 1958 et la Vème
République au cours de leur première année de terminale, soit des élèves qui
annoncent qu'ils vont les étudier dans l'année scolaire en cours.
Le total des pourcentages dépasse 100 parce que des élèves ont donné plusieurs
réponses ( par exemple à l'école primaire et en 3ème
au collège ).
C3. Ce que vous savez du général de Gaulle et de la Vème République vous a-t-il été transmis plutôt par l'école ou plutôt par votre famille ?
Près
des 3/4 des élèves déclarent avoir étudié l'année 1958 et la Vème République
au collège en classe de troisième.
Mais en même temps ils sont nombreux à assortir leur réponse de
restrictions exprimées de différentes façons : « On les a étudiées
un peu
très peu
Je crois
peut-être
vaguement
rapidement
en fin d'année pour le brevet
Le professeur a distribué
des polycopiés
Heureusement que ce n'est pas tombé au brevet
Je
ne me souviens plus de rien
Je ne me rappelle plus
C'est loin »
ou en précisant : « De Gaulle on l'a plutôt étudié au sujet de
la 2ème
guerre mondiale ».
Quelques élèves affirment qu'ils ne les ont « jamais »
étudiées « dans aucune classe », parce que « les programmes sont
trop chargés
on n'a pas eu le temps » et que par conséquent « ils
ne savent rien » et qu'« il y a un problème
pourtant cela nous
concerne ».
Les élèves qui déclarent les avoir étudiées en terminale sont en majorité
des doublants qui précisent d'ailleurs : « On les a étudiées
l'année dernière », et aussi les élèves d'une classe dont le professeur
a cru bien faire dans la perspective de l'enquête d'anticiper dans sa progression
annuelle l'étude de la France depuis 1945 généralement abordée seulement au
second trimestre. D'une façon générale, ce sont ces élèves qui ont été les plus
pertinents dans les réponses aux questions cognitives de l'enquête.
|
Absence de réponse |
Vos parents |
Vos grands-parents |
D'autres membres de votre famille* |
Réponses multiples ** |
|
| C4. Dans
votre famille, qui vous en parlé le plus et à quelle occasion ? Vos parents ? Vos grands-parents ? D'autres membres de votre famille ? |
529 |
275 |
286 |
56 |
163 |
* Arrière
grand-parent, grand- oncle, oncle, tante, frère, sur.
** Elèves
qui ont transformé la question posée « Qui vous en a parlé le plus ? »
en « Qui vous en a parlé ? » tout court, et qui ont répondu « parents
et grands-parents » ou « parents et autres » ou
« grands-parents et autres », ou encore « parents et
grands-parents et autres ».
C4. Dans votre famille, qui vous en parlé le plus et à quelle occasion ? Vos parents ? Vos grands-parents ? D'autres membres de votre famille ?
Le
souvenir de 1958 et de la naissance de la Vème
République se transmet au sein de la famille d'abord par les parents ou les
grands parents, à part à peu près égale, mais beaucoup d'élèves accompagnent
leur réponse d'une restriction : « Ils nous en ont parlé un peu
vaguement
parfois »
Il se transmet aussi par les frères et surs « quand ils
les ont étudiés en terminale
lorsqu'ils révisaient leur bac ».
Les parents en parlent le plus souvent à l'occasion d'émissions de télévision
( documentaires historiques, débats politiques, campagnes et soirées électorales
en particulier les élections présidentielles de 1995, commémorations, émissions
sur l'Algérie ), ou en faisant réviser leurs enfants.
Les grands parents, les oncles et tantes s'expriment souvent à l'occasion
de repas de famille.
S'agissant plus précisément du général de Gaulle, ce dont se souviennent
le plus les élèves, c'est ce que qu'on leur a transmis sur le général de la
Seconde Guerre mondiale et le chef de la Résistance, plutôt que sur le fondateur
de la Vème
République et son président de 1958 à 1969.
Pour les élèves de l'Aube et de la Haute-Marne, la proximité de Colombey-les-deux-Eglises
et de son immense mémorial en forme de Croix de Lorraine est souvent évoquée,
à travers des témoignages personnels : « Mon père petit a été
embrassé par le général de Gaulle
Mon père
mon grand-père
a serré la main du général
Mon père a vu passer le général qui se rendait
à Colombey » ; ou à l'occasion de « visites à la Boisserie »,
ou encore par référence à l'anniversaire de la mort du général qui donne lieu
chaque année à un reportage sur FR3 Champagne-Ardenne.
|
Absence |
Nombre |
|
|
C5. Comment les médias ( journaux, radios, télévision, CD-ROM ) parlent-ils de cette période aujourd'hui ? |
658 |
651 |
C5. Comment les médias ( journaux, radios, télévision, CD-ROM ) parlent-ils de cette période aujourd'hui ?
Sur
la façon dont les médias parlent aujourd'hui de l'année 1958 et de la naissance
de la Vème République, la moitié des élèves interrogés ne répondent
pas à la question ou déclarent que « les médias n'en parlent pas
jamais
rarement
un peu
».
Certains élèves, par provocation ou simplement par franchise, affirment : « Je
ne lis pas les journaux, je n'écoute pas la radio, je ne regarde pas la télévision
et je n'ai pas d'ordinateur », ou bien « Je ne lis que des BD
j'écoute NRJ, pas France Culture
Peut-être qu'Arte
en parle à minuit ou une heure du matin ».
Les réponses de l'autre moitié sont très dispersées et exprimées de façon
lapidaire : « Les médias en parlent mal
pas assez
ils s'intéressent plutôt à l'actualité » ; ou au contraire « Ils
en parlent avec nostalgie
comme de l'âge d'or des 30 Glorieuses
comme d'un passé aujourd'hui révolu
comme une période importante
de grands changements
une période de transition ».
S'agissant du général de Gaulle « les médias en parlent avec
admiration
respectueusement
de façon élogieuse
» ;
mais c'est aussi « une période tragique » à cause de l'Algérie évoquée
à l'occasion du « procès Papon » et « des Algériens jetés dans
la Seine ».
Enfin, « ils en parlent à l'occasion de commémorations
de l'anniversaire de la mort du général de Gaulle » et « à l'occasion
des élections présidentielles ».
Les documentaires historiques à la télévision sont peu évoqués.
Quelques élèves font allusion à La 5 et à Arte ; cinq seulement
parlent de CD-ROM sans citer un titre précis.
|
Absence
|
Nombre |
|
|
C6a. Quelqu'un qui l'aurait vécue, vous a-t-il déjà parlé de la guerre d'Algérie ? |
841 |
468 |
|
C6b. Comment évoque-t-il à cette occasion le général de Gaulle et la naissance de la Vème République ? |
1 083 |
226 |
C6. Comment les médias ( journaux, radios, télévision, CD-ROM ) parlent-ils de cette période aujourd'hui ? Comment évoque-t-il à cette occasion le général de Gaulle et la naissance de la Vème République ?
La
guerre d'Algérie, sans être véritablement un tabou reste un sujet que l'on a
du mal à évoquer.
Beaucoup d'élèves déclarent que leur grand-père ou leur père ou
leur oncle l'a faite, mais qu'ils ne leur en ont jamais parlé ou qu'ils refusent
d'en parler : « Il y a un fossé entre ces générations et la nôtre,
le manque de communication est notable, chacun doit aller l'un vers l'autre ».
D'autres ne semblent pas avoir bien compris la question « Quelqu'un
qui l'aurait vécue vous a-t-il déjà parlé de la guerre d'Algérie ? »
et l'ont transformée en « Quelqu'un vous a-t-il déjà parlé de la guerre
d'Algérie ? ».
Au sein des familles, ce sont essentiellement les hommes qui en parlent
à l'exception de quelques grands-mères ou tantes d'origine pied noir.
C'est la génération des grands-pères et des grands-oncles, voire
des arrière-grands-pères qui en parlent le plus.
Au niveau de la génération des parents, les oncles en parlent plus
que les pères, comme si c'était plus facile d'en parler à ses neveux et nièces
qu'à ses propres enfants.
Sont parfois cités également l'ami du grand-père, de l'oncle, du père
qui l'a faite, l'instituteur ou le professeur de collège ancien appelé en Algérie,
ou encore le voisin harki ou pied noir qui l'a vécue.
L'évocation de cette guerre fait resurgir des souvenirs pénibles, douloureux
et des haines tenaces, en particulier dans les familles de pieds noirs, de harkis
ou d'immigrés algériens : « Mon grand-père parle de son copain blessé
de son copain tué
Mes arrières-grands-parents sont morts lors
de la guerre d'Algérie, ainsi que deux tantes
Ils sont morts là-bas
Ils font encore des cauchemars
Ils parlent des massacres
des attentats
des tortures
Vous les avez tués salauds de Français
Mon
oncle est devenu raciste à cause de cette guerre
Mes parents pensent
que les problèmes sont provoqués par les Algériens qui sont venus en France
Ils ont voulu leur indépendance, qu'ils la gardent ».
Quant à la question concernant le général de Gaulle et
la guerre d'Algérie, il y a deux types de réponses qui se répartissent de façon
à peu près égale : celles qui condamnent et celles qui au contraire
approuvent la politique algérienne du général.
Les réponses qui rejettent la politique algérienne du général émanent :
soit de familles de pieds noirs qui se considèrent comme « des victimes laissées pour compte trahies, abandonnées par de Gaulle » : « Ma famille étant pied noir, n'apprécie pas trop le général il a commis de graves erreurs il avait dit " Je vous ai compris " il n'a pas tenu parole il a déclaré " Sils veulent leur indépendance, qu'ils la prennent " c'est une trahison il a donné l'Algérie aux Arabes » ;
soit de familles de harkis qui se sentent encore plus « trahies et abandonnées » : « Mes grands parents ont tué pour vous ont été tués pour vous c'est une guerre qui n'a servi à rien .. on a tout perdu » ;
soit de gaullistes qui acceptent et respectent le fondateur de la Vème République, mais rejettent sa politique algérienne : « De Gaulle est un grand homme mais qui n'a pas eu toujours une attitude juste et claire vis à vis de l'Algérie La naissance de la Vème République est une bonne chose, mais il s'est trompé pour l'Algérie ».
dautres encore, sans faire référence à une origine pied noir ou harki, considèrent que de Gaulle est responsable des problèmes actuels liés à l'immigration : « Il a fait venir en France des Algériens pour travailler et aujourd'hui tout le monde se plaint qu'il y en a trop ».
Les réponses qui jugent positive la politique algérienne du général de Gaulle émanent surtout :
soit de familles de sensibilité gaulliste qui affirment leur fidélité « au grand homme au sauveur de la France », certains allant même jusquà comparer de Gaulle et ceux qui lui ont succédé : « Dommage que les hommes politiques d'aujourd'hui ne soient pas de la même trempe » ;
soit de familles issues de l'immigration algérienne qui voient en de Gaulle celui qui a mené le processus de lindépendance à son terme : « Mes parents algériens étaient d'accord avec le général de Gaulle qui voulait l'indépendance de l'Algérie L'Algérie est à nous pas aux Français Vous avez voulu quelque chose qui ne vous appartenait pas ».
Au terme de cette enquête, se dégagent quelques éléments sur la façon dont se
transmettent par l'école, par la famille ou par les médias, la connaissance
de l'année 1958, des origines de la Vème
République, de ses institutions, et les facteurs de mémorisation de cette période
de notre histoire nationale par les générations successives.
Certes sur le plan strictement cognitif, le bilan de cette enquête peut
sembler très décevant et nous interpelle sur l'efficacité de l'enseignement
de l'histoire et de l'éducation civique, et sur sa capacité à vaincre les idées
reçues véhiculées par les médias auprès de lycéens dont la très grande majorité
reconnaît que l'école reste le principal moyen de transmission des connaissances.
De nombreux élèves sont conscients de leur ignorance, s'excusent, regrettent : « Désolée
j'ai honte d'avoir tant de lacunes
Je vous demande pardon
Je ne
sais pas
Je ne sais rien
Je n'en ai aucune idée
Je ne me
souviens pas
On va étudier cela cette année en terminale
Les écoles
françaises ne fournissent des cours d'éducation civique que pendant quelques
années et les cours d'histoire sont trop succincts pour nous apprendre réellement
quelque chose ».
Très peu d'élèves affirment que « la naissance de la Vème
République n'intéresse pas les jeunes », ou tentent de masquer leur ignorance
et tournent l'enquête en dérision, réclamant le droit à un « joker »
ou faisant appel à internet « www.jesaispas.fr " !!! »
ou encore déclarant qu'ils auraient préféré qu'on les interroge sur les clubs
de football : « Au moins vous auriez eu des réponses ».
Cependant, plus que les lacunes en terme de connaissances, ce qui semble
peut-être le plus préoccupant, c'est l'imprécision, la confusion du vocabulaire
spécifique, ou l'utilisation par les élèves d'un vocabulaire qu'ils ne maîtrisent
pas.
Beaucoup déclarent ne pas comprendre ce que recouvre la notion d'« institutions »,
confondent les différents suffrages et modes de scrutin ( suffrages censitaire,
restreint, universel masculin ; vote des femmes ; vote des jeunes ;
suffrages direct et indirect ; scrutins majoritaire à 2 tours et proportionnel
à 1 tour " ), et ne savent pas différencier « référendum »
et « plébiscite », « pouvoir exécutif » et « pouvoir
législatif », « élection », « nomination » et
« investiture ».
Au niveau du processus de mémorisation, on peut constater tout au long
de l'enquête une très forte prégnance d'une part de la Seconde Guerre mondiale
et d'autre part de la guerre d'Algérie, périodes de notre histoire davantage
ancrées dans la mémoire que les origines mêmes de la Vème République,
ou la nature et l'évolution des institutions mises en place en 1958.
La 2ème
guerre mondiale ne resurgit pas seulement directement dans la question concernant
le rôle historique joué par de Gaulle avant 1958, mais aussi dans les questions
concernant les connaissances et la mémoire de 1958 transmises par l'école, la
famille ou les médias, car dès qu'il est question du général de Gaulle, le dérapage
est fréquent.
Même si le mythe gaulliste et communiste d'une résistance héroïque
de masse s'est bien estompé depuis les années 1960, le souvenir de la Seconde
Guerre mondiale reste un élément important, toujours prêt à se réveiller, de
la transmission de la mémoire entre générations.
La guerre d'Algérie est elle aussi directement ou indirectement présente
tout au long de l'enquête, mais avec plus de retenue, de façon plus contrastée,
souvent contradictoire ou polémique, et toujours en rapport avec des souvenirs
douloureux.
L'intérêt, la curiosité des élèves d'aujourd'hui semblent se déplacer
de la Seconde Guerre mondiale amplement et constamment évoquée par les médias
et le cinéma, et qui ne semble plus être pour eux un objet de controverse, vers
la guerre d'Algérie qu'ils connaissent moins, mais qui les interpellent sans
doute davantage au fur et à mesure qu'ils en découvrent les implications.
Cette enquête me semble enfin fournir une nouvelle fois l'occasion de
mesurer à l'occasiohn de ce 40ème
anniversaire de la naissance de la Vème
République, la difficulté et les enjeux de la formation à la citoyenneté et
de l'enseignement du temps présent dont l'introduction dans nos programmes scolaires
au début des années 1960, avait suscité tant d'oppositions et de polémiques
chez les enseignants eux-mêmes. Dans ces domaines où nous avons incontestablement
progressé, il reste encore beaucoup à faire.
|
Jean-Pierre HUSSON, docteur en histoire, est professeur agrégé au lycée
Clemenceau de Reims. Sa thèse de doctorat La Marne et les Marnais à l'épreuve de la Seconde Guerre mondiale, publiée en 1995, a été rééditée aux Presses universitaires de Reims en 1998. Il a travaillé aux côtés de Catherine Dhérent, conservateur du Patrimoine, à la préparation de l'exposition des Archives nationales D'une République à l'autre : l'avènement de la Vème République et a réalisé l'exposition itinérante 1958, République nouvelle, République de toujours destinée au public scolaire. |